Nolyf, acteur de sa génération
On pourrait penser en entendant ce nom pour la première fois que NoLyf
est un artiste aux idéaux nihilistes qui pourrait rappeler les punks des années 70,
ou plus récemment les N.W.A et leur Gangsta Rap, dangereusement exacerbé par Ghetto
Fabulous Gang qui se vante de n'avoir aucune cause à défendre. Mais non. S'il
commence le rap il y a quelques années sous l'influence de Booba ou de Sniper, Nolyf,
à bientôt seize ans vante des convictions louables, et s'il fait parfois l'apologie
de l'argent facile et de l'arrogance à outrance, le second degré n'est jamais loin.
Enfant du 77 et du 93, NoLyf, malgré l'urgence et la rage incisives qui
caractérisent un rap crédible, contestataire et prenant, symbolise pourtant
bien cette citation de Squat « Eduque-toi si tu veux t'en sortir ».
Et si Sébastien, de son vrai nom, peut en parler, c'est parce qu'il est
lui-même dans les incertitudes générationnelles d'un pays en crise, avec des
rêves déchus, et qu'il fait parti de ses jeunes aux origines multiples
désorientés par l'école et désillusionnés par une société où il ne fait pas bon
d'être jeune. C'est peut-être aussi la raison pour laquelle on ne trouvera pas
de MC ici, NoLyf ne se revendiquera pas Maitre de Cérémonie.
Les contradictions dans l'œuvre d'un si jeune artiste sont pourtant réelles,
elles présentent dans leur globalité une description lancinante et douloureuse de la
déchéance adolescente facile, d'un environnement rap où l'on rentre malgré soi
dans le moule, et d'un besoin de reconnaissance et d'appartenance à la limite
du communautarisme. Tous ces aspects du monde du rap paraissent parfois
appétissants en tout point. Mais lorsque l'on parle du rap en tant que sous
culture à NoLyf, il se contente de montrer les dents, car lui vit avec
sa musique chaque jour et chaque seconde, il compose constamment,
et il refuse que l'on s'arrête à la surface. Enfin, le rap de Nolyf n'est pas seulement rap.
Sa mixtape - Hors Du Commun est un brin Hip-hop, avec une goutte de
pessimisme, un ou deux grammes de conseils avisés et sages pour les petits frères,
les mélodies sont chiadées, les thèmes abordés se distinguent les uns des
autres, le son est soigné et le tout est en rythme, placé et scandé. Les
égo-trips sont crédibles. Le flow est mature et les paroles étonnamment
abouties pour un garçon de cet âge-là, qui ne brille d'ailleurs pas par son
parcours scolaire. Sébastien pourtant reste à l'école, mais pour lui la culture
n'est pas quelque chose que l'on trouve devant un tableau noir. L'ensemble de
ses titres est soigneusement auto-produit et distribué par Believe. Une filière
qui semble être faite pour ce jeune garçon prometteur de quinze ans, déjà
remarqué et abrité par une production nommée Acteur Toi Même ! Il parait
évident que NoLyf a choisi de ne pas subir le mal-être adolescent et si
typique d'une génération qui ne connaît pas d'autre guerre que celle qu'ils
mènent avec la politique et l'économie mondiale comme un passage irrémédiable,
mais plutôt de la transcender, de croire, et d'être acteur de sa génération.